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« Je ne suis pas prête à tout pour atteindre un certain succès », confesse l’artiste Féenose

Elle était l’une des voix féminine du Rap burkinabè à l’époque quand ce genre musical était en vogue. L’artiste Féenose qui entre temps est allée s’installer en Allemagne a même reçu en 2008, l’Award du meilleur artiste rap de la diaspora burkinabè, en 2008 à l’occasion des Hip Hop Award. Elle a, à son actif, plusieurs albums. Récemment elle a séjourné au Burkina, dans le cadre de la préparation de son prochain opus dont la sortie est attendu en 2018. Connue pour son franc-parler, dans cette interview, elle nous raconte sans ambages ses déceptions vis-à-vis de certains acteurs du show bizz burkinabè, et sa façon originale de financer ses projets musicaux pour garder son authenticité. Lisez plutôt.

Dans quel cadre séjournez-vous au Burkina ?

Je suis là dans le cadre professionnel, artistique. Je suis dans un projet de longue haleine et intensif concernant la sortie de mon prochain album dont les couleurs ont été annoncées avec le single  »J’ai compris ». Je suis donc venu au Burkina pour un travail de studio et pour la promotion. Avant le  Burkina, j’ai été au Mali aussi.

Il y a des collaborations dans le prochain album, peut-on connaître des noms ?

Il y a Askoy, Will B Black avec qui je dois réaliser un clip. Il y a également une chanson sur laquelle j’ai réuni des rappeuses, comme Thaliane, Besko, Sountong Nonma, Amy yérè Wollo du Mali et Remety qui vit maintenant à Paris.

Vous êtes restée attacher au Rap toutes ces années...

Je me définis comme une artiste qui fait de la musique et je ne me mets pas de frontières. C’est vrai que si l’on veut me typer forcément dans un style musical, on dira Afro Hip Hop, Rap,Soul…J’ai toujours relié le Rap et le chant ensemble. Je fais toujours les choses selon mon inspiration. Souvent du slam, parfois du chant, souvent on retrouve des racines traditionnelles. Je me définis donc comme une personne qui fait de la musique, simplement.

Quand on écoute le single  »J’ai Compris », avec une belle orchestration et bien dansant, on ne peut s’empêcher de vous demander si c’est le visage de l’album à venir ?

L’album aura vraiment une coloration très variée. J’ai eu envie de m’amuser à fond, faire ce qui me touche, me laisser conduire par mon inspiration. J’ai eu envie de danser, de bouger cela manquait dans tout ce que j’ai fait jusque-là. Parce que je ne voulais pas aussi faire un titre dansant sans une histoire, c’est ce qui a donné  »J’ai Compris » : Pour répondre à la question, les gens seront très surpris. On retrouvera de la danse, du reggae, du Hip Hop soft et engagé…et l’album va tourner autour de l’amour dans son ensemble.

Est-ce également un tournant dans votre carrière d’artiste ?

Je vois cela comme étant effectivement un tournant, parce qu’en tant qu’artiste, on cherche toujours à évoluer, à s’améliorer. De mon premier album qui était très Hip Hop, au deuxième album ou c’était les deux, c’est à dire métissage entre Hip Hip, Soul et beaucoup d’orchestration africaine , en passant par le EP, ou c’était de l’acoustique carrément , il y a eu des améliorations. Entre temps, j’ai fait une pause. Là je crois avoir trouvé le bon feeling…Je me dis que les gens seront agréablement surpris.

La sortie de l’album est prévue pour quand ?

Il va sortir en Occident le 10 février 2018. ça sera une sortie digitale, donc partout dans le monde on aura accès à l’album. Après je compte me préparer pour venir défendre l’album au Burkina et dans d’autres pays africains, anglophones et francophones , pour environ deux mois.

On vous a connu au Burkina sur des scènes de Rap, au printemps du Rap Burkinabè,…entre temps vous êtes partie, qu’est-ce que ça vous fait de constater que le Rap n’a plus assez de côte au pays ?

D’un côté, évidemment cela m’attriste de voir que même les scènes de concerts sont rares . Les gens n’ont plus d’engouement pour quelque chose, souvent je remarque que même les concerts gratuits, les gens n’y vont plus, et c’est dommage.

Je pense que c’est la tendance coupé décalé qui a fait chuter le mouvement Hip Hop au Burkina. Les gens aiment bouger pour oublier leurs soucis, le Rap est là pour mettre les gens devant les réalités , les conscientiser. Mais les gens préfèrent diluer leurs soucis que d’y faire face.

En plus, le Hip Hop a toujours eu certains préjugés, les gens n’ont pas pu faire face à tout cela. Il y a beaucoup d’acteurs du Hip Hop qui ont voyagé et ceux  qui sont restés font ce qu’ils peuvent. Par exemple il y a Basta Guenga qui est resté fidèle au mouvement qui fait tout, je le respecte beaucoup pour cela.

Pour moi, la musique c’est une thérapie, je ne peux pas me détacher du Hip Hop. Maintenant les gens s’attendent chaque fois à ce que tout ce que tu fais soit du Hip Hop. Mais je suis ouverte à toute musique. Je souhaite seulement qu’on retrouve cette dynamique d’antan.

Quel est votre plan de promotion pour l’album à venir ?

Pour parler franchement, au Burkina c’est très compliqué. J’ai fait pas mal de pays dans la sous région, mais le Burkina, le pays d’où je viens, c’est là que j’ai toujours eu beaucoup de contradictions. Je fournis des efforts pour venir dans mon pays et présenter ce que je fais artistiquement , bien que je sois mon propre producteur. Mais dès que tu arrives et qu’on te marque Diapo, Europe, on se dit que tu as les moyens. Cela rend triste, parce partout où tu es, c’est aussi le nom de ton pays que tu défends.

Il y a aussi que dans ce milieu de show biz , certaines personnes pensent qu’ils faut forcément passer par elles pour accéder à un certain statut. Tant que tu ne passes pas par elles, tes œuvres sont bloquées, tu as beau faire ce que tu peux, tu vas tourner en rond et repartir. On m’a éduqué à ne jamais plier l’échine, respecter les gens et se faire respecter. Je ne suis pas hypocrite, je dis ce que je pense et je sais que cela m’a fermé beaucoup de portes. Mais en même temps, je ne suis pas impolie, j’ai toujours été respectueuse. Finalement en 10 ans, à chaque fois quand je suis venu, j’ai souvent confié mon album à une structure en payant, mais aucun résultat à la fin, tout revenait à la même chose.

Je me suis dit que nul n’est prophète chez soi. En même temps, j’ai la chance qu’au Mali, grâce à Yaya Coulibaly qui fait parti de l’équipe de Salif Keita, avec mon engagement humanitaire, il m’a remarqué et a accepté d’être mon manager au Mali. Et brusquement en quelques semaines, c’est parti. En trois jours au Mali, j’ai fait tellement d’émissions télé et radio et on sent à travers l’accueil qu’ils apprécient l’art et honorent les artistes, ce que malheureusement les gens ne savent pas faire ici. Quand vous êtes venus, j’étais très étonnée que vous ayez beaucoup d’informations sur moi, cela montre votre professionnalisme.

Donc, le Burkina c’est très dur, je ne sais pas pourquoi. On a l’impression qu’on a une dent contre la diaspora, c’est le ressenti de plusieurs artistes. Quand on se sent rejeté par son pays, on se dit qu’on va faire ce que l’on peut. Dieu merci, il a fallu que Serges Fatoh de Télé Sud me recommande à un Burkinabè pour que certains médias burkinabè me prennent en compte.

Etes-vous souvent déçue ?

Franchement je suis déçue, quand on n’a pas la passion, on a envie d’abandonner.

Revenons sur le clip  »J’ai Compris » dans quelles conditions a-t-il été réalisé ?

Le clip a été réalisé à Bruxelles. J’ai travaillé avec le réalisateur sur quatre clips, j’étais satisfaite et moi je ne change pas une équipe qui fait du bon travail. On a fait un casting pour recruter les danseurs, les acteurs professionnels qui ont accepté de ne pas prendre les gros cachets auxquels il sont habitués(rires), parce qu’on leur a expliqué le projet.

Votre auto-production est-elle un choix ou c’est parce que les producteurs ne se bousculent pas ? Après l’album  »Albinos » qui a eu du succès cela devrait vous faciliter la tâche, non ?

C’est plus ou moins un choix. Il y a des personnes qui peuvent vouloir proposer une production, mais il faut se dire qu’en tant que femme dans le milieu artistique , il y a parfois des propositions qui ne viennent pas sans arrières pensées. Quand tu ne veux pas faire avec ça, tu te fermes déjà des portes. J’ai des principes. Quand tu élimines cela, après il y a aussi des personnes qui veulent te produire tout en t’imposant un style dans lequel tu ne te sentiras pas du tout.

En plus du style, ils vont t’imposer ton habillement. En fait on te transforme en une barby. Tu peux avoir du succès, mais en te regardant au miroir, tu ne seras jamais fière de toi. Je ne suis pas prête à tout pour atteindre un certain succès.

Mais Dieu merci, les internautes qui me suivent apprécient beaucoup ce que je fais. Par exemple l’album  »Albinos » a été financé à 80% par des internautes. Egalement pour le clip  »J’ai Compris », la moitié du budget a été fournie par les internautes. Quand je vois ce genre de soutien, cela me donne encore la force de continuer. Surtout mes parents qui me soutiennent toujours, même quand j’ai envie d’abandonner, ce sont eux qui m’encouragent à continuer.

Comment se passe votre vie en Allemagne ?

Avant j’étais employée et je finançais mes projets musicaux avec mon salaire. Ces derniers temps, j’avais beaucoup de demandes de concerts, si bien que je n’arrivais plus à concilier les deux. Souvent je me retrouvais quatre, cinq jours sans dormir. J’ai donc pris une décision, il faut faire des sacrifices. Cela fait maintenant deux mois que je me consacre totalement à la musique. Chaque début de projet est difficile, mais j’ai confiance.

Interview réalisée par Féedinini Thiombiano

 

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