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Apolline Traoré avoue ne plus dormir à cause de la pression du public burkinabè.


Suite à la projection de son film et le soutien populaire qui en a résulté, Apolline Traoré nous a confié ses impressions. A l’issue de la projection presse qui a eu lieu le mercredi 1er mars 2023 au centre de presse Norbert Zongo, la réalisatrice burkinabè est également revenu sur les difficultés qui ont jalonné le tournage de son film Sira. 

La réalisatrice Apolline Traoré et l’actrice principale Nafissatou Cissé.

Pourquoi un film sur le terrorisme?

 

Nous sommes un pays ancré dans la parenté à plaisanterie et on pensait que notre peuple ne pouvait pas se déchirer. J’ai donc décidé d’utiliser mon art pour sensibiliser les gens et j’ai commencé à écrire le scénario. C’était important pour moi de tourner au Burkina parce que je tenais à impliquer les populations qui vivent ces horreurs là. J’ai fait le repérage dans la zone de Dori et Essakane avec l’aide de l’armée. Après avoir échangé avec les femmes qui ne savaient pas où étaient leurs maris et leurs enfants ça m’a encore plus boostée pour tourner avec eux. Une semaine après mon retour il y’a eu Solhan( ndlr massacre massif de population civile par des hommes armés) et le gouvernement m’a informé qu’il me retirait l’autorisation d’aller dans la zone. Ça m’a beaucoup peiné mais j’ai compris que la situation devenait assez grave dans le pays et mobiliser une armée pour sécuriser un film n’était pas la priorité.Et la solution c’était de me déplacer dans un désert et le désert le plus proche c’était la Mauritanie tout en sachant que le budget était prévu pour le Burkina. J’ai du garder ce budget pour aller en Mauritanie, un pays qu’on ne connait pas avec 60 personnes. Il fait 55 degré et ce n’est pas un pays de cinéma. Ça été très difficile mais on s’est tenu la main et on a tenu parce qu’on tenait à le faire.

Pourquoi le personnage principal de votre film est une femme ?

J’ai toujours voulu mettre en avant une femme mais j’étais pas allée jusqu’à ce que j’ai fait de Sira. Tout à basculer quand je suis allée en repérage et que j’ai écouté l’histoire de chaque femme dans les camps de déplacés. J’ai rencontré une femme qui a pris une balle à l’épaule et qui a marché pendant 5 jours avec ses 2 enfants pour se réfugier. Pour moi Sira est trop petite devant toutes ses femmes là. A chaque fois qu’on montre les femmes elles sont toujours victimes et j’ai voulu montrer comment les femmes participent à la lutte contre le terroriste et ce qu’elles faisaient pour les enfants. C’est elles qui éduquent les enfants et les retiennent à la maison pour éviter qu’ils soient manipuler plus tard.

Nafissatou Cissé a joué le rôle de Sira, l’actrice principale.

Comment a-t-elle choisi son personnage principal ?

J’ai cherché mon personnage principal pendant 6 mois sans le trouver. Alors j’ai lancé un casting  »sauvage » et elle s’est présenté. Je vous informe qu’elle n’a jamais joué de sa vie. Quand elle a fait le casting elle avait une certaine rage. Je ne sais pas d’où venait cette rage pour son jeune âge mais ça m’a marqué et j’ai décidé de lui donner sa chance et elle l’a saisi. Je l’ai poussé à bout et elle s’est même évanoui pendant le tournage. Il fallait que je la pousse à bout parce que si elle rate le rôle on rate le film et voilà le résultat aujourd’hui.

Comment avez vous vécu l’accueil du film par le public ?

Je vous avoue que je n’ai jamais eu autant peur de ma vie de montrer un film. Plus de 20 ans de carrière, j’en fait des films, j’en ai fait des festivals, je suis à ma quatrième participation au FESPACO et j’ai jamais eu autant peur de montrer un film. Parce qu’il est sensible et il est frais dans nos cœurs, dans les cœurs des sahéliens et j’avais peur de comment les gens allaient réagir. On ne sait jamais qui est à côté, et qui a perdu son enfant, son mari et comment allaient être les émotions. Je suis tellement reconnaissante de voir que le peuple est avec moi et je vois que toute la souffrance que nous avons subi jusqu’ici se récompense aujourd’hui avec tout cet engouement. Je ne peux que remercier le ciel. L’autre pression qu’on me met c’est l’Etalon d’or mais allez doucement parce que je ne dors plus(rire). Mais c’est une compétition et il faut respecter le choix du jury mais si j’ai pu donner de l’espoir à la population avec ce film j’ai déjà gagné.

Par Wend Kouni 


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