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DIS-MOI TOUT – DIDIER ZONGO (Mannequin)


« L’art vestimentaire est un élément identitaire de notre culture »

Originaire de Belga près de la localité de Boulsa, Didier Zongo fait partie des tout premiers mannequins burkinabè. Après sa formation à Abidjan, il dépose ses valises à Ouagadougou pour promouvoir le mannequinat qui, jusque-là, était un art très peu pratiqué par les nationaux et qui n’était pas compris du grand public. De fil en aiguille, il se fait une certaine notoriété sur les grands podiums burkinabè et africains. Actuellement, il forme les jeunes qui veulent entamer une carrière professionnelle dans le domaine. Directeur de l’agence ISIS, il s’est confié à nous. Dans cet entretien, Didier Zongo nous parle de ses débuts, de son passage à la radio Horizon FM et de son agence tout en levant le voile sur certaines zones d’ombre du monde du mannequinat.

Depuis quand es-tu dans le mannequinat ?

L’histoire avec le mannequinat a commencé dans les années 88-89 à Ouagadougou et pour la professionnalisation, je me suis retrouvé en Côte d’Ivoire. Et ensuite je suis revenu au Burkina pour promouvoir cet art qui n’était pas pratiqué par les nationaux. Mon combat était de faire en sorte qu’on ne parte pas chercher des mannequins ailleurs pour des défilés, ici, au Burkina et je pense que ce pari est gagné.

Comment s’est faite la formation à Abidjan ?

C’est par le biais d’Etienne Marcel qui était venu ici au Burkina pour un défilé de mode, il était venu avec une dizaine de mannequins ivoiriennes. Comme, il gérait le volet formation, voilà comment j’ai approfondi mes connaissances dans ce domaine. Cela a duré pratiquement dix mois, il fallait sacrifier les études pour cela.

As-tu défilé pour des stylistes de renoms pendant ta formation ?

Bien entendu que oui, pendant ma formation on a eu plusieurs évènements avec Vlisco, j’ai défilé pour Pathé O, Ciss St Moise et plein d’autres stylistes qui sont venus d’ailleurs. Les nouvelles sont parvenues au Burkina entre 1994 et 1996.

Est-ce qu’à cette époque le cachet du mannequin était à la hauteur ?

Les Ivoiriens avaient une longueur d’avance sur nous, donc les cachets étaient raisonnables. Eux, ils avaient déjà compris la valeur du mannequin.

Et ils s’élevaient à combien ?

Les cachets variaient entre 75 000 et 150 000 francs par défilé et par mannequin.

Comment s’est fait ta démarche pour te faire comprendre par le public burkinabè ?

Au début j’étais avec un frère du nom d’Achille Zoundi qui est actuellement en Angleterre, lui il a préféré l’aventure. On voulait créer notre propre agence, mais comme c’est difficile de partir de rien, on s’est mis au service d’une personne qui travaille dans la mode au Burkina ici. On ne s’est pas entendu, car ses paroles et les contrats n’ont pas été respectés. On est donc reparti créer notre agence. Nous avons invité les jeunes à s’inscrire gratuitement pour les entraînements. Et voilà que c’est parti. Mais la personne qui nous a déçus… je préfère taire le nom.

Quel a été ton premier grand défilé de mode au Burkina ?

Je ne me souviens pas avec exactitude la date, mais c’était lors d’une édition du FESPACO. C’était avec Naye Diallo qui est une Américaine douée dans l’organisation des défilés de mode. J’ai énormément appris auprès d’elle. C’était lors de la soirée de clôture à la Maison du peuple.

Le cachet était-il le même comme à Abidjan ?

Naye Diallo est une professionnelle, donc elle connaît la valeur du mannequin. Il n’y avait pas une grande différence. Ensuite les défilés se sont enchainés et cela a été franchement une belle aventure.

Tu as raccroché pour te consacrer à la formation, n’es-ce pas ?

Oui, avec l’âge il faut céder la place aux jeunes. Le mannequinat, c’est la jeunesse. Je suis formateur pour donner plus de chance aux autres.

A quand remonte ton dernier défilé de mode ?

Je n’ai pas une grande souvenance des dates, moi. (Il marque un arrêt puis réfléchit)… C’était lors d’un défilé de mode avec la Banque mondiale avec Pathé O au SIAO. Ça doit être entre 2003 et 2004.

Parle-nous de ton aventure à la radio ?

La radio a été un circuit pour mieux faire passer le message, afin d’intéresser les jeunes au mannequinat. Ce sont les amis qui m’ont dit que j’ai une voix radiophonique et c’est ainsi que je suis allé voir Moustapha Thiombiano qui m’a dit qu’il était ami avec mon grand frère et c’est là que j’ai été engagé à Horizon FM. J’ai commencé par l’émission « salut les couche-tard » entre 22H et 24H, ensuite l’aventure s’est poursuivie sur d’autres radios.

Quelle est la situation de la formation des mannequins à ton niveau ?

Il y a une centaine de jeunes que j’ai formés, il y en a que je continue de former.

Il paraît que la culotte descend vite dans votre milieu. Quel est ton jugement sur la question ?

Je pense que c’est le jugement de ceux qui ne sont pas du domaine. D’une façon générale, c’est le milieu artistique qui est critiqué. Chacun a sa vie. Je ne pense pas que ce soit le cas, mais si un mannequin baisse vite la culotte, c’est sa vie privée.

De nos jours, le mannequin burkinabè vit-il de son art ?

Je dirais non. L’art vestimentaire évolue à reculons. Les grands prix de l’art vestimentaire ne se déroulent plus, le SIAO n’organise plus de défilé. L’art vestimentaire n’a pas sa place dans l’environnement culturel burkinabè. Le ministère de la Culture doit faire quelque chose dans ce sens. Il y a Bazemsé et Koro DK qui organisent souvent des manifestations, mais les plateaux manquent toujours. J’ai même un projet dans ce sens, mais les sponsors ne répondent pas favorablement, c’est parce qu’ils n’ont pas de considération pour l’art vestimentaire.

Qu’en est-il de ton agence ISIS ?

C’est une structure qui au delà du mannequinat, a la production audio-visuelle, l’évènementiel, le matériel logistique pour pouvoir vivre.

Un mot pour se dire au revoir ?

Je vous dis merci, je demande à tous ceux qui liront cet article de prendre en considération l’art vestimentaire. Au plan mondial, c’est ce volet qui représente l’identité culturelle du Burkina. L’art vestimentaire est un élément identitaire de notre culture. On dit toujours qu’il n y a pas d’argent. Chaque année il y a un budget qui est alloué à chaque ministère, au niveau du ministère de la Culture, il faudra songer à affecter une partie du budget à la mode.


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