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19 November 2019

FILIERE LAIT LOCAL : Tout sur la campagne régionale de plaidoirie avec Hindatou Amadou, la responsable

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Dans le cadre de la journée dédiée à la filière lait le 7 novembre dernier aux Journées Agroalimentaires 2019 qui se tiennent du 4 au 11 de ce mois à la Maison du peuple de  Ouagadougou, nous avons rencontré Hindatou Amadou, responsable plaidoyer et genre à l’association pour la promotion de l’élevage au sahel et en savane (APESS/Afrique). Au-delà de cette journée spéciale pour le lait, madame Amadou, nous donne des détails sur  le combat que mène une Campagne régionale  dénommée ‘’Mon lait est local’’ pour promouvoir cette filière dont elle est la coordonnatrice.  

Afriyelba : Pourquoi vous avez dédié une journée entière au lait local aux JAAL 2019 ?

Hindatou Amadou : il faut dire que ce n’est pas la première fois que nous dédions une telle journée  au lait local aux JAAL. Nous l’avions déjà fait dans les éditions passées. Cette journée de la filière lait du Burkina Faso vise à promouvoir le lait local. Elle permet de connaitre les potentialités de ce produit et à donner les informations nécessaires aux populations sur ce produit local dont les bienfaits ne sont plus à démontrer.

Pouvez-vous nous parler de la structure régionale dont vous êtes la responsable ?

La campagne régionale « Mon lait est local » est une campagne de plaidoyer de défense du lait local. Cette campagne est présente dans six pays en Afrique de l’Ouest notamment le Burkina, le Mali, le Niger, le Sénégal, la Mauritanie et aussi un pays d’Afrique central qui est le Tchad. C’est donc une campagne qui vise à promouvoir le lait local et à interpeler les décideurs politiques pour qu’ils prennent des mesures politiques afin de promouvoir la filière. La campagne vise également à interpeler le citoyen lambda que nous sommes pour nous montrer les bienfaits du lait local et nous donner des informations nécessaires sur les différents laits qui existent actuellement sur le marché et qui concurrencent énormément le lait local. Il s’agit des laits en poudre qui ne sont pas tous véritablement du lait. Il y a la poudre de  lait entière qui est du vrai lait, mais il y a également ce qu’on appelle le lait reconstitué à partir  de la matière grasse végétale, notamment l’huile de palme. Donc ce type de lait, normalement, ne devrait pas être appelé lait. C’est un substitut au lait  parce qu’on a extrait la matière grasse pour fabriquer du beurre et du fromage et c’est le restant qui a été rengraissé avec de la matière grasse végétale. Et malheureusement c’est cette poudre, moins chère, qui se retrouve et se vend partout sur nos marchés. Partout on trouve le petit sachet et « hop » on met dans de l’eau et on a le lait. Mais  en fait, ce n’est pas du lait. Actuellement elle concurrence énormément la filière laitière locale qui peine beaucoup à s’en sortir. Donc cette campagne vise à informer le consommateur pour qu’il sache que ‘’je consomme quelque chose’’ qui n’est pas forcement du lait. Donc il faut que les gens aient toutes les informations nécessaires pour prendre des décisions en ce qui concerne sa consommation.

Enfin la troisième cible de cette campagne c’est aussi les multinationales étrangères qui sont basées en Afrique et qui transforment le lait en poudre et le vendent sur place dans nos pays. La  campagne vise à les interpeler pour qu’ils puissent intégrer également la collecte du lait local. Il faut qu’ils collectent le lait local pour qu’il y ait cette promotion de la filière. Ce sont là  les principales cibles de cette campagne régionale qui est relayée dans six pays

Est-ce que vous avez du soutien d’autres organisations de la société civile ?

Oui, actuellement la campagne regroupe trois organisations d’éleveurs et d’agriculteurs au niveau régional. Mais elle mobilise des ONG internationales qui sont aussi dans la danse. Elle mobilise également cinquante-cinq organisations nationales dans les six pays. Donc c’est une grosse campagne qui est bien connue   et qui a vraiment des ambitions fortes pour  faire du lait local une priorité afin de préserver non seulement l’alimentation saine de nos populations mais aussi préserver l’économie de nos pays.

Au cours de la journée dédiée au lait local, des jeux ont été organisés pour permettre aux participants de remporter des lots

Depuis combien de temps menez-vous ce combat ?

Cette campagne, elle a été lancée le 1er juin 2018. Sachant que chaque 1er  juin est la journée internationale du lait, nous avons saisi cette occasion  pour lancer la campagne. Elle est donc dans sa deuxième année. Elle est en fait dynamisée par le fait que la CEDEAO, Communauté économique des états de l’Afrique de l’Ouest, a pris une décision de mettre en place une offensive régionale lait. C’est donc pour dire que cette campagne est bien réelle, avec la diversité de ses acteurs, pour faire des propositions concrètes à la taxe force qui a été mise en place sur la filière lait et interagir avec les décideurs politiques pour faire des propositions qui vont dans le sens de la promotion de la filière.

Une année et demie déjà, est ce qu’il y a des indices qui montrent que votre combat aura un succès ?

Tout à fait ! On a des indices parce que comme je vous l’ai dit, la campagne a mobilisé beaucoup d’organisations d’éleveurs, d’agriculteurs, d’ONG et même une faitière internationale européenne appelé European Milk Port. C’est une organisation productrice de lait. Et au sein de cette organisation il y a des producteurs qui subissent les prix mondiaux du lait  et qui ne s’en sortent pas non plus. Donc nous formons un tandem avec cette organisation pour faire aussi du plaidoyer au niveau international, notamment en Europe, parce qu’on sait que les politiques européennes influencent beaucoup sur nos politiques ici au niveau national et régional. Donc cette organisation au niveau européen apporte aussi son appui et son expertise dans cette campagne. Et je pense que la campagne a un succès dans la mesure où dans tous les six pays on a des ambassadeurs qui sont des célébrités nationales. Par exemple au Burkina Faso, on  a le Larlé Naaba qui est un producteur de lait et qui est l’ambassadeur de cette campagne au niveau du Burkina. On a Oumou Sangaré que vous connaissez bien, qui est l’ambassadrice de la campagne au Mali et au niveau régional. Elle est même entrain de composer une chanson pour cette campagne afin d’interpeler les différentes cibles. Au Sénégal on a Abi N’Dour, une chanteuse  qui est aussi engagée. Ainsi de suite dans tous ces pays-là on a les différents ministres des Ressources animales qui sont engagés. Certains présidents sont aussi engagés. Donc on a vraiment des politiciens qui sont engagés dans la campagne, qui épousent les  causes de cette campagne et qui comptent la défendre au niveau de la région pour qu’on puisse avancer  dans la promotion et réduire notre dépendance  vis à vis des importations. Parce que quand on sait que la souveraineté alimentaire est un point très essentiel pour nos pays, il ne faut pas la confier à l’extérieur. De ce fait, il faut travailler à ce que la filière soit bien promue pour qu’on puisse faire face à l’insécurité alimentaire.

Quel message avez-vous à l’endroit des populations qui consomment ces  laits dépourvus de leur matière grasse d’origine et qui l’ignorent des fois ?

Le message fort que j’ai à l’endroit  des populations, c’est de leur dire de savoir que derrière les choix qu’ils font de consommer du lait local il y a tout une politique qui fait la promotion de la filière. On fait la promotion de la transformation du lait, la production et la transformation du lait. On aide le petit producteur local à  avoir des revenus et à vivre dignement de son activité. Mais contrairement quand on choisit de consommer le lait importé, c’est-à-dire le lait en poudre, on est en train de faire fuir nos capitaux vers l’extérieur. On ne dit pas qu’il faut arrêter les importations. Non ! On a besoin des importations actuellement dans la mesure où la production n’est pas suffisante pour répondre à la demande. Mais il ne faudra pas que ces importations inhibent l’action du lait qui est produit sur place. Les importations doivent venir en  complément à la production locale. A priori, consommons notre lait local pour promouvoir notre filière et donner des revenus aux femmes et aux petits producteurs.  Consommons ce que nous avons au Burkina et en saison sèche où le lait se fait rare, on peut maintenant s’orienter vers le lait qui est sur le marché. Mais prioritairement, je demande à mes consœurs et à nos mamans qui sont dans les foyers d’orienter la consommation des ménages vers le lait local, pour toutes ces raisons. Je termine en remerçiant Afriyelba pour l’opportunité qu’il nous offre de nous exprimer.

Interview réalisée par Abatidan Casimir Nassara


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