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Photosa 2 : elles étaient 6 femmes venues de 4 pays à présenter leurs œuvres.


Le festival photographique Photosa s’est déroulée à Ouagadougou du 16 au 19 mars 2023. Les œuvres de 16 photographes de 8 pays ont été exposés à cette occasion. On compte parmi ces artistes 6 femmes venues d’Allemagne, de la France du Mali et du Burkina Faso. Il s’agit de Chiara Wettmann, Gaëlle Delort, Julia GAT, Delphine Blast, Soum Eveline Nafissatou Bonkoungou et Kani Sissoko. Allons à la découverte des 4 photographes qui étaient présentes et les thèmes sur lesquels elles ont exposé à l’occasion de la deuxième édition de la biennale photographique de Ouagadougou.

Soum Eveline Nafissatou Bonkoungou, photographe burkinabè.

Soum Eveline Nafissatou Bonkoungou a exposé sa série photographique intitulée  »Zirk ».

Soum Eveline Bonkoungou est une jeune photographe burkinabè né en 1992. Après ses études scolaires et une formation en secrétariat de direction, elle travaille pendant 3 ans comme secrétaire à la Société nationale burkinabè d’électricité (SONABEL). Elle qui a toujours été passionnée de photographie décide par la suite de se reconvertir dans la photographie évènementielle. Deux ans après sa reconversion, Soum fait la rencontre de Adrien Bitibaly et découvre la photographie artistique. Elle prend part à la première formation du programme de mentorat, ce qui lui permet de créer sa première série photographique intitulée  »Zirk ». C’est avec cette série que la jeune photographe a participé à sa première exposition professionnelle à Photosa 2.

Selon les explications de Soum Eveline, Zirk est une forme de méditation islamique dans laquelle des phrases ou des prières sont chantées à plusieurs reprises afin de se souvenir de Dieu. Le Zirk qui dans l’islam soufi permet au croyant de se souvenir de Dieu et l’adorer y joue un rôle central. Elle a choisi d’aborder ce thème pour répondre à un certain nombre de questionnements personnels. << Mes parents ont été ceux qui ont décidé de ma pratique religieuse. A l’adolescence je me suis rendu compte que je suivais mes parents et non mes propres convictions. Je ne sentais aucune connexion divine>> a-t-elle confié. Elle se pose des questions sur le choix de religion fait par les parents pour les enfants dès la naissance. << La religion islamique reste pour moi ombre et lumière. Dans mon travail j’ai commencé par photographier les musulmans dans les mosquées. J’ai terminé par les lieux de méditation chez les soufis qui sont souple dans la croyance religieuse>> a-t-elle ajouté.

La deuxième édition du festival Photosa a été un rendez vous qui a marqué Soum Eveline Bonkoungou parce qu’elle a pu pour la première de sa carrière présenter une série photographique. Elle y a également fait de belles rencontres. << Le festival a été pour moi une réussite, parce qu’elle m’a permis de présenter ma première série photographique et également de rencontrer d’autres artistes nationaux et internationaux>> a-t-elle fait savoir.

Elle compte poursuivre son travail de recherche et promet de belle surprise très bientôt.

 

Chiara Wettmann, photographe allemande.

Chiara Wettmann a exposé sur le thème de l’apatridie.

Chiara Wettmann est une photographe allemande âgée de 30 ans. Elle est phographe de portrait et de documentaire, diplômé de l’Ostkreuzschule für Fotografie de Berlin et travaille entre l’Allemagne et Le Liban. Ces thèmes de prédilection sont la géopolitique et le social. Sa dernière œuvre intitulée  »stateless » et produite au Liban et en Syrie entre 2021 et 2022 a été finaliste du World report award 2022. C’est cette œuvre que Chiara a présenté à la deuxième édition de Photosa. <<Ce travail porte sur les apatrides en Liban et en Syrie. Ils sont privés de droits fondamentaux. Il s’agit de libanais non enregistrés qui transmettent leur apatridie à leurs enfants, des palestiniens dont les familles vivent au Liban depuis des générations et qui n’obtiennent pas la citoyenneté. Ou encore des réfugiés de Syrie et d’Irak qui ont perdu leur citoyenneté à cause des guerres dans leurs pays>> a-t-elle expliqué. La deuxième édition du festival photosa est une belle expérience pour la photographe allemande. << Faire partie de Photosa 2 a été incroyable et agréable. La motivation et le dévouement dont tout le monde a fait preuve ont fait de ce festival un succès total. Le choix des artistes et de leur travail était pertinent et le lieu et la présentation des œuvres était vraiment superbes>> a-t-elle laissé entendre. Au delà du festival, elle a apprécié les personnes qui y ont travaillé. <<J’ai surtout fait la connaissance de de personnes formidables avec qui j’ai pu non seulement m’amuser mais aussi partager des moments agréables.Et c’est ce qui est beau chez Photosa. Il ne s’agit pas seulement pas seulement d’art mais plus d’échanges et de travailler ensemble à un objectif. Personnellement j’ai trouvé cela très réussi et je remercie tout le monde pour cela>>.

Chiara Wettmann continue de travailler sur le projet  »Stateless ». Elle s’est rendu à Abidjan juste après Photosa et ce pour deux mois à cet effet. Elle se rendra ensuite au Bangladesh à la fin de l’année toujours pour traiter du sujet de l’apatridie.

 

Gaëlle Delort, photographe française.

Gaëlle Delort expliquant ses œuvres aux coutumiers présents au festival.

Gaëlle est diplômé de l’école de photographie d’Arles en France. Avant d’en arriver là, elle a eu un parcours assez atypique. Après un passage à l’école d’art avec un accent particulier sur la photographie, elle a effectué des voyages et une formation plus technique en photographie argentique. Elle a également travaillé plusieurs années en médiation culturelle pour des projets d’autres artistes dans le domaine du spectacle vivant. Elle décide en 2018 de reprendre son projet de photographie et sa formation à l’école de photographie d’Arles qui aboutira à un master en 2022.

A Photosa, Gaëlle Delort a proposé le projet intitulé  »Krast ».Selon l’artiste, ce terme très particulier est utilisé par les scientifiques qui s’intéressent aux formes des reliefs de la terre. Il désigne les régions principalement composées de roches calcaires que l’eau a dégradées, érodées sur une échelle de temps très longue. Les paysages du karst sont donc caractérisés par un sous sol creusé de nombreuses cavités, notamment des gouffres, des grottes, des galeries souterraines.<<Je me suis intéressée tout particulièrement à ces formations géologiques de l’endroit où je vis désormais, le causse Méjean. J’aime bien dire que ce travail est une infiltration photographique, car il suit les parcours anciens de l’eau dans les sols. Ces espaces souterrains présentent des entrées en surface sous forme de gouffres, qu’on appelle ici  »avens ». Il se trouve que les humains ont commencé à les explorer de manière assez méthodique au XIXème siècle, à la même époque où est inventé la photographie. J’ai donc eu envie, en découvrant ce passage très particulier et cette histoire, de photographier ces entrées du monde souterrain où la lumière disparaît, et où l’eau circule sans qu’on puisse le voir>> a-t-elle expliqué.

Gaëlle Delort confie avoir vécu une aventure humaine et photographique exceptionnellle à l’occasion de Photosa. << Il me semble que la photographie et l’art s’enseignent se partagent avant tout pas les rencontres. Nous étions 16 artistes à présenter nos travaux et avons appris les uns des autres ainsi que des visiteurs qui sont venus découvrir les œuvres>> a-t-elle laissé entendre. Elle apprécie également les débats menés tout au long du festival sur des questions qu’elle juge essentielles. Quelle est la différence entre une photographie et une image, ou qu’est ce que la photographie d’art ? <<Les artistes ne sont pas des personnes différentes des autres.Il me semble que être auteur photographe c’est choisir de partager son regard sur notre monde. La richesse des regards présentés à cette deuxième édition de Photosa est précieuse>> foi de Gaëlle Delort.

Elle poursuit les prises de vue pour la série photographique  »Karst », sous d’autres aspects. <<Je compte maintenant descendre sous terre avec un appareil pour y photographier les formes et couleurs qui s’y trouvent>> a-t-elle laissé entendre. Le projet continue d’être présenté en France et l’artiste espère le faire également dans d’autres pays. Elle ambitionne mettre en place un laboratoire photographique là où elle vie, afin de partager sa pratique avec les habitants. Elle espère être présente au Burkina Faso dans deux ans pour la troisième édition de Photosa.

 

Kani Sissoko, photographe malienne.

La série photographique exposée par Kani Sissoko s’intitule  »’Quand les murs parlent ».

Kani Sissoko est une photographe malienne née à Bamako en 1988. Elle est diplômée de l’institut national des arts du Mali. Elle a découvert la photographie d’art lors d’un stage au musée national du Mali et depuis elle a réalisé 4 séries photographiques. Elle y aborde les faits de la société dans laquelle elle vit. Elle a également travaillé comme photographe reporter pour les ONG Malifolkcenter, ZANBAL et Kilabo. Elle a exposé lors des rencontres de Bamako off, la quinzaine de la photographie du Bénin, le festival des femmes de Houlgate en France ou encore au festival panafricain de la photographie d’art d’Abidjan.

Lors de la deuxième édition du festival Photosa, Kani a exposé la série photographique  »Quand les murs parlent ». L’artiste dénonce les conditions difficiles que vivent les épouses, réduites au silence par le poids de l’éducation qui a fait de l’époux un Dieu sur terre. <<On parle d’émancipation de la femme, son autonomisation, les violences qu’elle subit mais on ne remonte pas généralement à la source du problème. Dès le bas âge on inculque religieusement à la femme que son mari est son deuxième Dieux et que son salut et la réussite de ses enfants dépendent du degré de soumission et de d’obéissance qu’elle aura envers son homme. La femme est souvent l’objet d’une longue liste d’actes et de pratiques aussi insupportables qu’inacceptables et elle n’a que les murs de sa demeure comme véritable témoins. Ces murs sont aussi un fidèle confident car elle ne risque pas d’être rejetée ou jugée>> a-t-elle expliqué. Elle souhaite à travers cette série appréhender la question à la source en touchant du doigt le système de pensée dans nos sociétés.

Photosa 2 a été une belle expérience pour Kani Sissoko et elle espère être présente à la troisième édition du festival qui aura lieu en 2025.

Nous souhaitons plein succès à ces photographes qui ont apporté leur contribution à la réussite de la deuxième édition du festival Photosa. Rendez vous est pris dans deux ans pour la troisième édition de l’évènement à Ouagadougou.

Par Wend Kouni 


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