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SOUKE (Comédien-humoriste): « C’est Dieu qui fait rire et fait pleurer »


A l’état civil Mamadou Tiendrebéogo, Souké est un comédien-humoriste originaire de Mankadga près de Zorgho dans le Ganzourgou. Né en république de Côte d’Ivoire où il commence par le théâtre à l’école primaire, c’est à Bobo-Dioulasso que le grand public découvre son immense talent à travers les séries télévisées « Au royaume d’Abou » et « Les Bobodioufs ». Au fil du temps, il se fait une certaine notoriété qui le conduira sur plusieurs plateaux à travers l’Afrique et l’Europe. Dans cet entretien, le complice de Siriki nous parle de son parcours, donne sa vision du cinéma africain et parle de ses projets.

 

« Le Souké bête à la télé ne l’est pas en famille »

 

Depuis quand remonte l’aventure avec le théâtre ?

 

C’est depuis l’école primaire où on a eu un enseignant qui faisait des mises en scène avec nous en classe et chaque fin d’année, on faisait du théâtre pour se dire au revoir, c’était à l’école Anges noirs d’Abobo.

 

Pourquoi te prend-on pour un Bobolais ?

 

Après la Côte d’Ivoire, c’est à Bobo-Dioulasso que nous nous sommes installés et c’est là-bas que j’ai continué l’école primaire à Accarville, cette école est devenue maintenant école Cheik Anta Diop. Même s’il n’y avait pas de théâtre dans cette école, les enseignants ne se doutaient pas qu’un jour je serai un comédien car en classe, j’en pratiquais pour égayer mes camarades et les élèves des autres classes venaient même assister.

 

D’où vient le surnom Souké ?

 

C’est une longue histoire, c’est Sokoupanga Lavènm Nèèré, ça veut dire que je suis vilain mais avant de demander mon nom, il faut demander ma force. J’ai un ami qui disait simplement Souk, ça ne me plaisait pas. Comme j’étais danseur, une fois j’ai été premier et ce même ami a dit Souké et j’ai répondu Wèké, voilà comment c’est parti.

 

Comment est venue cette aventure avec la série « les Bobodioufs » ?

 

C’est Stanislas qui m’a approché lors d’une sortie en 1996 et m’a parlé du projet de tournage. C’est ainsi que j’ai fait faire le casting aux comédiens à recruter et je me suis occupé de leur formation. Au fait mon premier film est la série « Au royaume d’Abou », qui a connu un succès.

 

Le contrat était-il juteux ?

 

Pour un débutant à cette époque, je me dis que ça va. Le cachet variait entre 60.000 et 300.000 francs. C’est par épisode que certains réalisateurs paient, et d’autres paient par séquence. Moi j’étais payé à 20.000 francs la séquence, donc si j’ai deux ou trois séquences par épisode, si vous faites le calcul, vous avez une idée de ce qu’on a gagné.

 

Il y a une dichotomie entre les comédiens qui rasent les murs et les réalisateurs qui vivent comme des pachas, n’y a-t-il pas un souci à ce niveau ?

 

Il revient à nous les comédiens de gérer ce problème. Nous ne les jalousons pas parce qu’ils dorment dans les grandes villas et roulent dans des voitures de luxe, mais qu’ils n’oublient pas que nous aussi, nous sommes là. Nous vivons de ça et qu’ils arrêtent de venir nous dire qu’ils n’ont pas reçu des financements et nous donner des miettes et continuer de rouler dans les grosses voitures. Il y a un réalisateur qui est allé voir un ami sénégalais à pied pour qu’il joue presque gratuitement dans son film, l’année suivant ce fut le même scénario mais cette fois le réalisateur est venu sur une moto. Pour la troisième fois c’est en voiture qu’il est venu le voir et toujours en disant qu’il n’a pas d’argent.

 

Que fait le Fespaco pour l’amélioration de vos conditions de vie ?

 

Le Fespaco pense à nous en organisant des ateliers. Ce sont plutôt les réalisateurs qui ne sont pas en règles vis-à-vis de certaines structures comme le BBDA qui paie les droits voisins. Nous devons nous organiser pour prendre notre destin en main.

 

Comment s’est faite la transition entre le royaume d’Abou et les Bobodioufs ?

 

Quand on faisait « le royaume d’Abou », le réalisateur Patrick Martinet a eu l’idée géniale de faire les Bobodioufs. La transition est venue comme ça. Bien avant les Bobodioufs, on a tenté une série policière qui n’est jamais sortie.

 

Que devient Siriki ?

 

Il va bien. Nous étions ensembles récemment au Festival international du slam et de l’humour de Niamey. Il est parti à Bobo. On se connaissait depuis longtemps. Idem pour son grand frère Stanislas Soré qui était l’acteur principal du « royaume d’Abou ». C’est pendant le tournage du « royaume d’Abou » que nos relations se sont renforcées.

 

Comment fais-tu pour ne pas avoir la grosse tête ?

 

C’est Dieu qui fait rire et qui fait pleurer. Il y a un proverbe qui dit que la rigolade est une caresse de Dieu, donc c’est le Tout-puissant qui m’a donné ce don et il n’y a rien de tel que d’être humble. La première richesse d’un comédien c’est son public.

 

Partages-tu cette bonne humeur en famille ?

 

Bien sûr que oui, j’aime beaucoup rigoler.

 

Donc ne te fâches-tu jamais ?

 

(Il éclate de rire…….) Le

Souké bête à la télé ne l’est pas en famille. Je détends l’atmosphère de ma famille et mon entourage, mais il faut qu’on me prenne au sérieux.

 

Pourquoi avoir quitté Bobo-Dioulasso pour Ouagadougou ?

 

C’est grâce à Traoré Karim de la structure ETK. J’étais venu lui montrer un projet et il m’a sollicité de travailler avec lui en tant que réalisateur de clips vidéo et de spots publicitaires. Ma spécialisation est la scénarisation de spots. Je suis un autodidacte et avec des amis comme Adama Pamtaba et les membres du groupe Génération 2000, j’ai fait « Fanicolo » un long métrage qui a été projeté au Ciné Neerwaya et qui drainé du beau monde. J’ai fait « Le sac gris » qui n’est pas encore sorti. Je suis patient dans tout ce que j’entreprends. On vient également de boucler un film qui raconte l’histoire d’une fille qui ne rêve que d’avoir un homme blanc.

 

Qu’est ce qui te tient le plus à cœur ?

 

Ce sont les festivals qui permettent un véritable brassage. J’aurais bientôt un festival à Bobo-Dioulasso.

 

Après toutes ces années, Souké est-il riche ?

 

Je peux dire oui car ma richesse est le public, et je crois en Dieu car je suis un fervent croyant. J’arrive à me nourrir et à me loger et je pense que c’est l’essentiel, du moment où je ne quémande pas.

 

Quel est l’état de santé du cinéma africain ?

 

A un certain moment il était au top, il baisse en niveau. Il y a tellement de réalisateurs et tous ne travaillent pas à améliorer le cinéma. Surtout au niveau des jeunes, chacun s’autoproclame réalisateur sans approcher les doyens de leur pays. Ils font des castings où on retrouve n’importe qui. C’est ce qui fait la faiblesse de notre cinéma.

 

Quel est ton mot de la fin ?

 

Je vous remercie pour cette occasion que vous me donnez de m’exprimer à travers vos lignes. Merci au public qui prenne un temps de nous lire, grand merci à votre magazine.

 

Propos recueillis et transcris par Aboubakar Kéré KERSON

 

 


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