Parmi les artistes exposés lors de la troisième édition de la biennale photographique Photosa, figure le photographe burkinabè Emmanuel Badiel, qui présente une série profondément humaine intitulée « Têebo », un mot mooré qui signifie espoir.

Emmanuel Badiel fait partie de la première promotion du programme de mentorat mis en place par Photosa pour accompagner, durant deux ans, les jeunes passionnés souhaitant s’essayer à la photographie d’art. Il a également participé à une formation sur l’art du portrait avec le photographe Antoine Tempe à Photosa 2023. C’est au terme de ce programme que naît l’idée de créer la série Têebo. Le hasard lui offre alors une belle opportunité, un contrat avec une ONG œuvrant auprès des femmes. Leur projet, intitulé Rêve, entre en parfaite résonance avec la démarche personnelle de Badiel. Il saisit alors l’occasion de faire d’une pierre deux coups , en développant parallèlement la série Têebo, qui sera finalement retenue pour Photosa 3.
Têebo rassemble des portraits de femmes, urbaines ou rurales, partageant des réalités de vie marquées par la précarité. Beaucoup d’entre elles sont déplacées internes, victimes des conséquences de l’insécurité. Malgré ces épreuves, chacune a su se réinventer, reconstruire son quotidien et raviver l’espoir d’une vie meilleure en exerçant des activités génératrices de revenus.
Pour Emmanuel Badiel, ce projet est aussi un hommage à sa mère, une femme qui a toujours accueilli, soutenu et encouragé celles en difficulté. « Ma maman, qui a fait beaucoup de petits métiers, nous a profondément marqués par son exemple et ses conseils. Je la voyais accompagner des femmes qui arrivaient à elle sans rien et repartaient transformées, prêtes à se bâtir une vie. Lorsque j’ai eu l’occasion de travailler avec des ONG engagées dans l’humanitaire, j’ai voulu poursuivre le combat de ma mère »; a-t-il confié.

Au-delà du simple acte photographique, Badiel insiste sur l’importance du travail en amont et en aval des prises de vue. « Il ne s’agit pas seulement de faire des photos. J’apprends d’abord à connaître la personne, son passé, ses aspirations, et à réfléchir à comment elle peut être accompagnée pour dépasser l’aide », explique-t-il.
Cette approche crée un climat de confiance qui permet de réaliser des portraits authentiques, où la personnalité et les émotions des modèles s’expriment avec intensité. Ce processus a également contribué à redonner confiance à plusieurs de ces femmes et à raviver l’espoir en un avenir possible.
Bien que fier du chemin parcouru, Emmanuel Badiel se dit seulement partiellement satisfait de son travail. Il promet de continuer à affiner sa démarche pour transmettre encore mieux son message. Pour la suite, il envisage de proposer des portraits contextuels, montrant l’impact concret de ces femmes dans leur environnement.

Les œuvres de Emmanuel Badiel sont exposées jusqu’au 29 novembre à Wemtenga dans le cadre de Photosa 2025.
L’exposition est libre et ouverte au public
Par Wend Kouni

