C’est désormais avec le titre de Docteure que Mme Salamata ZOUNGRANA peut être appelée. Elle a soutenu, ce lundi 30 mars 2026, à l’Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, sa Thèse de Doctorat Unique.
Spécialité : Histoire économique, Population et Relations internationales. Son travail porte sur la « Production, transformation et exportation du coton au Burkina Faso de 1924 à 2020 ». À l’issue de sa présentation et des échanges, le jury a jugé le document recevable et lui a attribué la mention très Honorable.

Le document soumis à l’appréciation du jury compte plus de 439 pages, réparties en trois parties et neuf chapitres, fruit de cinq années de recherches. Son travail a été dirigé par le Professeur titulaire Moussa Willy BANTENGA et co-dirigé par le Professeur titulaire Yacouba BANHORO.
Le jury a été présidé par le Professeur titulaire Yacouba ZERBO.
Le Professeur titulaire KOUZAN Komlan (intervenu en ligne depuis le Togo) et les Maîtres de Conférences Frédéric PALE et Serge Noël OUÉDRAOGO, ont siégé à leurs côtés.
Le Professeur Yacouba BANHORO, a tenu à souligner le caractère pionnier de ce travail : « À ma connaissance, elle est la première à faire la jonction entre la production, la transformation et l’exportation du coton sur près d’un siècle_ . » Il a également rappelé la place stratégique de cette culture : « Le coton est au Burkina ce que le café est à la Côte d’Ivoire et le cacao au Ghana . »
Le jury a salué la richesse et la diversité des sources mobilisées, la rigueur de l’analyse ainsi que l’abondance de tableaux, graphiques, cartes, photos et annexes qui accompagnent le document.

Depuis 2009, l’or a supplanté le coton comme premier produit d’exportation du Burkina Faso. Interrogée sur les perspectives de la filière, la nouvelle Docteure s’est montrée prudemment optimiste : « Tout dépend des politiques mises en place pour encourager les acteurs à la base, notamment les producteurs. Mais la dynamique de valorisation des produits locaux apporte de la plus-value. Avec un tel système, cela va créer plus d’engouement et donner du courage aux producteurs. Il n’est pas exclu que le coton puisse à nouveau détrôner l’or pas dans un sens négatif, car les deux produits participent au développement. »
Elle a par ailleurs insisté sur la nécessité d’une industrialisation qui ne marginalise pas le secteur artisanal : « Lorsque les politiques d’industrialisation sont élaborées sans tenir compte de l’aspect artisanal, cela peut créer des conflits entre les acteurs, avec un impact forcément négatif sur le processus de développement du pays. »
Pour la nouvelle Docteure, la faible transformation locale reste le principal talon d’Achille de la Filière, une limite qu’elle observe également dans le secteur aurifère : « Quand nos matières premières sont transformées ailleurs, l’impact positif sur le développement du pays est très limité. La dynamique actuelle est en train de changer ce paradigme et nous pensons que ça ira jusqu’au bout, au grand bonheur du pays des hommes intègres. »

Elle a aussi mis en lumière les initiatives récentes autour du Faso Dan Fani, cette étoffe tissée localement à partir du coton burkinabè, comme levier pour stimuler la production, créer de l’emploi et booster à terme les exportations.
Le professeur Yacouba Zerbo, professeur titulaire d’Histoire des Relations internationales à l’Université Joseph Ki-Zerbo président du jury, a souligné la dimension prospective du document : « Cette thèse montre comment la question du coton a évolué depuis 1924, à travers les reconfigurations territoriales, les accords commerciaux avec les partenaires européens et la libéralisation post-indépendance. Elle offre des repères utiles pour orienter les politiques de développement. »
Il a cependant relevé un défi structurel persistant : les cotonculteurs peinent à tirer pleinement profit de leur production en raison du coût des intrants, du manque de mécanisation et d’une fixation des cours sur le marché international qui échappe à leur contrôle.

De son côté, la récipiendaire a exprimé sa satisfaction : « C’est un jour de grâce pour moi. Le coton est un produit phare de mon pays et parvenir à en faire l’analyse sur près d’un siècle va me permettre de contribuer à l’élaboration des politiques de développement. »
Par Souleymane FOFANA

