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DANSE TRADITIONNELLE AU BURKINA FASO: L’ESPOIR D’UNE RELÈVE DE QUALITÉ GRACE A LA SNC 2024


Du 28 avril au 1er mai 2024, la Maison de la Culture Monseigneur Anselme Titianma Sanon à Bobo-Dioulasso a accueilli les compétitions de danse traditionnelle en disciplines de pool jeune du Grand Prix National des Arts et des Lettres. Cet événement a été organisé dans le cadre de la 21ème édition de la Semaine Nationale de la Culture. Les compétitions ont donné à voir de belles prestations. Ce qui augure une relève de qualité dans le domaine de la danse traditionnelle au Burkina Faso.

Troupe Tegawende
Crédit photo: SNC

Les critères d’évaluation des spectacles

Les compétitions en danse traditionnelle ont connu la participation de douze troupes provenant de toutes les régions du pays à l’exception de celle du Sahel. L’absence de la région du Sahel comme à l’accoutumée se justifie par les difficultés de transmission intergénérationnelle des savoir-faire artistique, dues aux pesanteurs socioculturelles. Les troupes étaient soumises au respect des critères édictés par la Direction Générale de la Semaine Nationale de la Culture (SNC), organisatrice de l’évènement. D’une part, il y a des critères de disqualification tenant au temps de prestation compris entre huit et dix minutes ainsi que le nombre maximal d’artistes sur scène limité à douze. Les critères d’appréciation d’autre part sont la chorégraphie, la musique, la synchronisation musique – danse, la scénographie qui prend en compte le décor, les costumes et accessoires, la maîtrise technique des pas de danse et la valorisation du patrimoine culturel.

Ces critères sont d’importance inégale. Sur une note totale qui est 20, la chorégraphie est notée sur 6, tandis que la musique est notée sur 2 et les autres critères sur 3 chacun. Ainsi, la chorégraphie est voulue comme le pilier des spectacles. Par contre, peu de valeur est accordée à la musique. Ce choix peut se comprendre en ce que la musique a ici pour vocation d’accompagner la danse. Il appelle toutefois une observation non moins importante. Dans le contexte culturel burkinabè en effet, la musique va de pair avec la danse. De la qualité de l’instrumentation et de la maitrise des instruments de musique dépend la réussite d’un spectacle de danse. Ainsi, à défaut de les vouloir au même niveau d’importance, il n’est pas impertinent d’accorder meilleure place à la musique.

Troupe CDE 122
Crédit photo: SNC

La chorégraphie n’a pas laissé indifférent le public

Malgré l’importante place accordée à la chorégraphie, la majorité des troupes n’y ont pas tiré leur épingle du jeu. Dans leur ensemble, les prestations ont laissé voir une faible performance collective, une disharmonie des mouvements d’ensemble des danseurs, la prédominance d’acrobaties et de mises en scène sur la danse, certaines acrobaties étant par ailleurs non maîtrisées. Les insuffisances au niveau de la chorégraphie sont aussi liées à la mauvaise gestion de la scène en ce sens que l’on a observé des bousculades sur scène, des spectacles pauvres en figures, non aérés et abusivement centrés ou décalés à gauche ou à droite. A cela il faut ajouter les fins de spectacle mal construites, mal gérées ou non maîtrisées. En outre, certaines troupes se sont particulièrement illustrées avec des danses très monotones, des chorégraphies exécutées en arrière de la scène ou dont les danseurs donnent dos au public et de longues sorties solo.

En dépit de ces insuffisances, le public a pu apprécier de belles et diverses figures exécutées aussi horizontalement que verticalement par des troupes. La bonne occupation et présence scénique, la variété des pas et la vivacité des danseurs au cours de certains spectacles ne pouvaient laisser un spectateur indifférent.

Troupe Naaba Anbga du Kadiogo
Crédit photo: SNC

Une bonne instrumentation

Le niveau de musique d’accompagnement est satisfaisant, marqué par la maitrise des instruments de musique joués par les jeunes artistes, la diversification et la variation des rythmes. La qualité de certains spectacles a particulièrement été caractérisée par la belle introduction musicale et l’alternance de l’instrumentale par la musique vocale. Cette beauté musicale ne fait pas occulter pour certaines prestations et par moments une mauvaise gestion des transitions des rythmes musicaux, une monotonie rythmique, un faible effort d’orchestration et le mauvais dosage des chansons qui s’apparentaient souvent à des cris.

L’un des éléments qui peut être unanimement reconnu et positivement apprécié lors de la compétition est la scénographie. Un gros effort a été consenti par les troupes dans le choix des motifs, les couleurs de tenues et la couture des costumes. Aux tenues s’ajoutent les beaux décors et l’usage de certains accessoires qui ont donné aux prestations plus d’attraction.  Malgré cela, on ne peut s’empêcher de noter quelques mauvaises dispositions du décor de scène, la présentation d’accessoires et de décors non utilisés, la perte d’objets sur scène et la mauvaise utilisation de costumes laissant voir des parties intimes du corps.

S’il y a une dimension qui n’a pas été négligée par les troupes, c’est la qualité des pas de danse. Le public a eu droit à des spectacles présentant une maitrise presque parfaite des pas des danses exploitées, agrémentées par un bon effort de créativité et des séquences de performances individuelles de haut vol. La bonne exécution des pas de danse s’accordait et s’harmonisait avec les rythmes joués.

Les compétitions de danse traditionnelle ont été un moment de valorisation et de promotion du patrimoine culturel. Plusieurs référents identitaires ont été mis en évidence notamment, les costumes de danses, les décors et accessoires de scène. A cela s’ajoutent sans doute les répertoires de musique et danse ainsi que les mises en scène qui font la promotion des valeurs reconnues aux communautés.

Troupe CDE 122
Crédit photo: SNC

Des défis à relever pour de belles perspectives

En rappel, les disciplines de Pool Jeune sont intégrées depuis 1988 au Grand Prix National des Arts et des Lettres pour favoriser la relève de la pratique de certains arts traditionnels de la scène dont la danse, en vue d’assurer leur pérennité au sein des communautés ethnoculturelles vivant au Burkina Faso. Au fil de l’évolution des compétitions en danse traditionnelle, il faut se satisfaire de l’amélioration des spectacles produits par des troupes censées être la relève de la pratique artistique au Burkina Faso. Ce qui n’empêche pas de relever l’énorme travail de préparation technique à abattre pour relever les défis liés à l’harmonie des mouvements d’ensemble, à la performance collective, à la gestion rigoureuse du temps de prestation, à la gestion de la scène, à la perfection des transitions musicales, à l’exploitation des décors et accessoires, à la gestion des finales de spectacles.

Troupe CDE 122
Crédit Photo: SNC

Pour parvenir à la qualité escomptée, il est important de veiller à assurer un renforcement des capacités des encadreurs pour plus de créativité, d’organiser davantage des séances d’information sur les critères et la compétitivité, de faciliter l’obtention de la subvention publique pour la production des spectacles au profit des troupes, etc.

Fidèle Wendegouidi Ouédraogo

Critique de danse


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