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Chocho (artiste-comédien) : « Des réalisateurs détournent des financements »


A l’état civil Tapsoba Bawendpouiré Joseph, Chocho est un des artistes-comédiens burkinabè les plus célèbres et appréciés de tous. Prince de la famille royale de Tenkodogo, il est né à Ouagadougou et commence sa carrière dans le théâtre à l’âge de cinq ans. Juriste de formation, il partage sa vie entre le théâtre, le cinéma, son espace culturel Théâtre de l’Aube sis à Karpala et les cours de droit qu’il donne dans des établissements techniques. Marié et père de deux enfants, l’acteur nous parle sans détour de son parcours et lève le voile sur le mythe de sa passion.

 

Comment les parents t’ont-ils laissé aller au théâtre à l’âge de 5 ans ?

 

A cet âge, j’ai eu la chance d’avoir des frères qui faisaient le théâtre, surtout à l’église. La maman elle-même faisait le théâtre. Donc, c’est elle-même qui nous a transmis le théâtre. Ça veut dire que je n’ai pas eu de problème côté familial.

 

Et cela n’a-t-il pas joué négativement sur tes études ?

 

Le théâtre m’a permis d’assimiler mes leçons. Trouver un personnage, c’est apprendre un texte, c’est faire des recherches. Cela me permettait d’apprendre facilement mes leçons, les gens s’inquiétaient seulement. Ce qu’ils ont oublié, c’est que je faisais les résumés de mes cours que je mettais dans les documents de théâtre pour apprendre.

 

Qui est réellement ton père spirituel au théâtre ?

 

Au Burkina, il y a beaucoup d’acteurs qui m’ont marqué surtout Amadou Bourou. Mais côté théâtre, il y a Prosper Compaoré qui m’a vraiment formé en tant que comédien. Je ne sais pas comment lui dire merci car il a beaucoup fait pour moi.

 

En tant que juriste de formation, pourquoi avoir laissé ses diplômes au tiroir pour se consacrer à l’art ?

 

J’enseigne le droit. Je n’ai pas tout laissé car je donne des cours de droit dans des établissements techniques. Je suis plus dans l’art car c’est ma passion.

 

Parlant de passion, comment est venu la création de ton espace Théâtre de l’Aube ?

 

C’était dans les années 99 avec des amis comédiens comme Abidine Dioari et Désiré Yaméogo, on parlait de théâtre et on cherchait comment créer des espaces de diffusion. Cette idée me hantait depuis longtemps. J’ai commencé à former des enfants dans une villa que j’avais louée et ensuite j’ai pu créer mon centre. C’est pour que les créations puissent tourner régulièrement et c’est à cet instant que l’on pourra dire que les comédiens vivent de leur art.

 

Le théâtre nourrit-il son homme ?

 

C’est relatif parce qu’il y a des acteurs qui sont tout le temps en contrat, de grands contrats à l’extérieur mais il y a aussi beaucoup qui vivotent. Il y a des comédiens qui peuvent râler un an sans un contrat et qui disent qu’ils vivent de leur art parce qu’ils ne font que ça.

 

Vis-tu ou vivotes-tu ?

 

( Rires…) Moi en tout cas, je vis de mon art. La chance que j’ai, c’est que je suis à la fois dans le théâtre et le cinéma. Je suis également réalisateur. Je fais des documentaires et comme je suis juriste de formation, je suis régulièrement sollicité. Je voyage beaucoup car je fais des recherches qui m’apportent des contrats à l’extérieur. Les gens se demandent pourquoi je roule sur une P50 alors que j’ai une voiture. Je préfère investir dans l’art que sur moi-même.

 

Comment est venu le déclic avec le cinéma ?

 

Tout est parti du théâtre avec la figuration dans des films. C’est à partir de 2003 que j’ai commencé avec de grands rôles qui m’ont permis de me faire connaître beaucoup plus à l’extérieur. Mes premiers films m’ont permis d’être une star en Belgique. Depuis ce temps, même quand on m’appelle hors du Burkina, j’ai ce qu’il faut pour investir dans l’art dans mon pays.

 

Tu es une star à l’extérieur et pas chez toi, qu’est-ce qui justifie cela ?

 

Au Burkina, on a la culture d’aimer tout ce qui vient de l’extérieur. Il y a des pays où je ne paie pas pour manger. Depuis que j’ai créé mon centre, je n’ai reçu aucun financement. L’année passée, nous avons fait partir 15 jeunes en Allemagne pour une formation en cinéma et à partir de février 2015, nous organiserons une rencontre internationale à Karpala. L’année passée, nous avons pu faire en dix jours 120 courts-métrages.

 

Quel a été ton plus gros contrat dans le cinéma ?

 

Je l’ai signé avec un Français avec qui j’ai eu trois millions de francs CFA. En dehors de cela, au Burkina c’est katanga (rires).

 

Quel a été ta plus grande déception ?

 

Il y a des films qui ont de grands financements mais les réalisateurs les utilisent pour des besoins privés. Il y a le ministère de la Culture et du tourisme qui est là mais je ne comprends rien. On dépose des dossiers qui ne reçoivent jamais de réponses. Je suis déçu de certaines institutions. Répondez-nous au moins par simple respect.

Est-ce le même Chocho que l‘on retrouve en famille ?

 

Je suis toujours jovial et chaud. En famille, c’est autre chose.

 

Quel est ton message aux jeunes qui veulent faire comme toi ?

 

Je leur demande simplement de se former. On ne devient pas célèbre du jour au lendemain. Les gens ne vont pas vers la formation.

 

Que penses-tu des gens qui s’autoproclament réalisateurs ?

 

C’est vraiment déplorable. Moi, j’ai ma carte professionnelle de réalisateur, le numéro 149, mais je continue d’apprendre. J’ai près de 25 courts-métrages mais je demande une carte d’assistant- réalisateur. Au Burkina, rares sont les films d’auteur ; nous avons surtout des films commerciaux.

 

Que représente le FESPACO pour toi ?

 

Quand il n’y a pas le festival, c’est-à-dire la fête, le FESPACO n’existe pas. Il faut qu’on s’organise pour relancer cette institution. Les gens prennent l’argent, au lieu de faire des films, ils bouffent.

 

Quel est ton mot de la fin ?

 

Nous pensons que nous sommes pauvres, nous sommes riches mais pauvres dans la tête. C’est l’organisation qui manque. Je remercie tous les Burkinabè. Je demande à tous ceux qui ont cinq voitures, qu’ils vendent quatre pour investir dans la culture et rouler avec une seule voiture. Moi je peux rouler en voiture mais je suis fier sur ma P50.
Propos recueillis par Aboubakar Kéré KERSON


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