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Rétrospective culture 2015: Un bilan en dents de scie


L’année 2015 culturellement a connu des moments rocambolesques à l’image de la situation politique nationale. Néanmoins, les acteurs culturels se sont attelés à vaquer tant bien que mal à promouvoir la culture dans plusieurs aspects. Un bilan certes mitigé qui reflète aussi le désintérêt que les autorités de tutelle porte à ce département. Retour sur cette année culturelle 2015 qui a connu plus de déboires que de succès.

L’année 2014 s’est achevée par la démission du ministre de la culture et du tourisme Adama Sagnon en novembre, sous la pression des artistes. 2015 est venu davantage remuer le couteau dans la plaie en mettant dans la rue certains dilemmes inhérents au fonctionnement de ce département. Le problème des droits d’auteur, le statut de l’artiste qui n’a pas été abordé, la démission du secrétaire général Denise Ouédraogo le 19 octobre 2015. Bref, au niveau de la structure faitière elle-même, une certaine dichotomie s’est amplement ressentie entre l’institution, le personnel et les artistes.

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Lle ministre de la culture et du tourisme Jean Claude Dioma en Faso Dafani en compagnie de Ibrahim Zerbo et de Boureima Djiga lors d’un des séminaires

 La crise sociopolitique est davantage venue envenimer la situation avec l’annulation de plusieurs évènements d’envergure international tels que le SITHO ou encore le forum mondial du tourisme qui devait se tenir en septembre à Ouagadougou. Par ailleurs, reconnaissons que le Burkina Faso s’est affirmé comme un pays de culture.  Mais cette image positive ne saurait se faire valoir sans la volonté de l’Etat, des populations et des artistes. Tout au long de l’année 2015, des colloques et des séminaires ont été organisés. Ce qui a permis d’ébaucher quelques résolutions, notamment, la création d’un Conseil national de la culture et l’introduction de  l’éducation et la formation artistiques et culturelles dans les programmes d’enseignement général.

Mais l’année 2015 a fortement démarré par la 24è édition du FESPACO qui a eu lieu du 28 février au 8 mars et qui a connu le sacre de Hicham AYOUCH du Maroc grâce à son film «Fièvres» où il remporta la cagnotte de 20millions de FCFA. Le cinéma burkinabè s’est illustré à ce palmarès officiel grâce à Sékou TRAORE avec son film «l’œil du cyclone ». Il remporta l’Etalon de bronze pour une somme de 5 millions de FCFA. Le cinéma n’est pas pour autant rester muet durant l’année. Des films sont sortis dans les salles durant l’année. Il s’agit entre autre de «Femme de feu » d’Innocent Kaboré qui continu à attirer autant de cinéphiles dans ces salles à Ouagadougou, Bobo-Dioulasso et Koudougou. «Le couple parfait» de Boubacar Diallo, «Sang pour sang » de Seydou Bondaoné, «Cellule 512 » de Missa Hébié qui est en salle actuellement, «Le neveu de l’homme fort » d’Adama Roamba qui est considéré comme le film le plus populaire de l’année et le plus programmé dans les salles. C’est surtout le documentaire «Révolution africaine» qui aura glané un succès retentissant en projection publique sur l’ensemble du territoire national.

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Le Palm d’or du meilleur buzz revient sans doute à Smarty avec son mode avion

Le monde ludique des planches n’est pas resté en marge de l’évènementiel. La pièce théâtrale «M’appelle Mohamed Ali » mise en scène par Hamado Tiemtoré avec comme comédien Etienne Minoungou a connu un succès médiatique outre atlantique. Aristide Tarnagda s’est illustré avec «Siindi». Ildevert Meda a mis en scène « l’Ours. Sidiki Yougbaré a travers sa pièce «Naak naak» a défrayé la chronique pendant un semestre dans la capitale. «Cons-d’Hommes » de Noel Minoungou a drainé les spectateurs dans les salles. Mais c’est la pièce «La tempête» de Thierry qui, au regard de l’affluence aura fortement secoué positivement la sphère théâtrale de notre pays. Le Carrefour international du théâtre de Ouagadougou (CITO), le CARTEL, l’ATB, l’espace culturel Gambidi et bien d’autres espaces de théâtre ne sont pas restés fermés malgré les soubresauts politiques qu’a vécu le Faso. Le FITMO 2015 a bel et bien eu lieu en novembre du côté de l’espace culturel Gambidi à Ouagadougou et à Lomé au Togo.

Certes, la danse est une discipline qui s’illustre dans ce secteur de façon silencieuse, sans tambours ni trompète mais les œuvres et les réalisations sont palpables et satisfaisants. La dernière grande activité de la danse et qui a été saluée par les acteurs de la culture s’est déroulée dans la ville de Sya. La finale du concours chorégraphique Solo de Bobo-Dioulasso dénommé « Simply the best » a été organisé par la structure« ANKATA ». Le laboratoire international de recherche, de création et de production des arts de la scène du chorégraphe Serge Aimé Coulibaly le 23 décembre 2015. Ce concours a vu le sacre d’Issa Sanou. En plus d’être une plateforme de visibilité, elle est une noble initiative qui  permettra aux jeunes artistes de s’essayer au genre difficile qu’est le solo. En outre, la pièce prémonitoire « Nuit blanche à Ouaga » de Serge Aimé Coulibaly qui continuait de prédire l’insurrection même le 29 octobre 2014 lors des « Récréatrales » reste la création phare de l’année 2015 en danse.

Imilo Lechanceux en pleine prestation au festival Assini Mafia
Imilo Lechanceux en pleine prestation au festival Assini Mafia

L’initiative d’Irène Tassembédo, lors de son Festival International de Danse de Ouagadougou (FIDO), qui a consisté à organiser le 18 janvier 2015 une séance de danse et de chant autour du barrage de Tanghin et un djandjoba dans l’après-midi le même jour, au Palais de la Culture Jean-Pierre Guingané, a fait tâche d’huile dans la cité. C’était une ouverture vers un autre public. Cela permet de quitter de ce carcan inaccessible du public de salle vers ce grand public dit de rue. Du 5 au 7 février 2015 s’est tenue à Bobo-Dioulasso la 2ème édition du In-Out dance festival du jeune chorégraphe Aguibou SANOU (Rencontres internationales de danse dans l’espace public), en compagnie de danseurs venus du monde entier (États-Unis, Singapour, Suisse, Mexique, France, Burkina Faso,…). Des performances, spectacles et ateliers ont eu lieu à l’Institut français et à travers la ville. La 3ème édition est prévue du 1er au 13 fevrier 2016. En termes de perspectives ; Dans le cadre du programme ‘ Refugees on the move ‘ d’AAD (fondation African Artist for Development) le chorégraphe Salia Sanou, utilise la danse comme moyen de reconstruction psychologique des populations réfugiées sur le continent africain. Des ateliers de danses sont organisés dans les camps de réfugiés de 8 pays africains. Les réfugiés dansent pour oublier, pour espérer, pour exister. Cela aboutit à une pièce qui tournera en 2016.

Sur le plan musical, des concerts et des festivals se sont déroulés ça et là sur l’ensemble du territoire national. Evitant parfois les putschs ou encore les couvre-feux. Le Kundé 2015 a vu le sacre de Sana Bob, les FAMA , les 12 PCA et les Marley d’Or se sont tenus dans une ambiance bon enfant. Certains artistes se sont illustrés par leur succès médiatique cette année. Il s’agit entre de Floby, Smarty, Dez Altino, Alif Naaba, Joey Le Soldat, David Le combattant, Bebeto Mbongo, Bil Aka Kora, Imilo Lechanceux, Dicko Fils, Jean Zoé… L’artiste Dicko Fils est celui donc ses collaborations ont connu des succès médiatiques. Imilo Lechanceux, Bebeto Mbogo et David Le Combattant ont fait danser la jeunesse. Les évènements comme  « les monstres sacrés du coupé décalé » qui a eu lieu les 6 et 7 novembre 2015 ont fait couler beaucoup d’encre et de salive dans le pays. Hostilités de la part de certains artistes et bisbilles entre les promoteurs d’évènements. En terme de Buzz, Smarty détient la palme d’or pour avoir berné une grande partie des internautes sur la sortie de son single «Mode avion ». Le lauréat du Prix Rfi 2013 a battu le record de vu au Faso de ce clip. Le flop  est incontestablement les déclarations sans fondement de l’artiste Sofiano à l’endroit des hommes de médias.

Par ailleurs certains artistes musiciens se sont bien illustrés sur le plan national et international. Il s’agit entre autre de d’Alif Naaba, Bil Aka Kora et pour la moindre mesure Patrick Kabré. Alif Naaba aura été très sollicité dès le mois de Mars- avril 2015 : tournée asiatique (Vietnam, Laos, Brunei, Indonésie) 17 avril 2015: Concert des 10 ans avec comme parrains Youssou Ndour et A’Salfo. 6 octobre 2015 il s’engage dans la protection du climat et publie ET MAINTENANT? Une chanson en marge à la cop21. 12 Novembre le prince aux pieds nus a été invité à participer à «Visa for Music», le premier portail de la musique au Maghreb. Le 8 décembre dernier, Il inaugure le premier espace de résidence pour la musique au Burkina  le »PAONGO ». Quant à Bil Aka Kora, c’est le globe-trotter du Faso. En début 2015 il a fait une quinzaine de dates à Lyon et Chalon en France avec le spectacle «Une nuit à la présidence ». Un concert au Théâtre National de Villeurbanne.

flolo
Floby a marqué l’année 2015 avec ses tubes

Un concert dans la mythique salle de Jazz «le Baiser Salé» à Paris dans le cadre du festival Jazz sur Seine. Un concert à Sucy en Brie organisé par la mairie. Un concert en Italie à Arvier (Vallée d’Aoste) avec le groupe Tamtando. Deux concerts à New York au Shrine et au Sylvana. Un concert durant les Nuits Musicales du Fespaco. Un feat avec Smarty pour la chaîne TV Arte dans le cadre d’un grand reportage sur les camps de réfugiés.  Des musiques de films pour Tonton Brama, Sid Naaba, Mouna N’Diaye (documentaire sur la santé mentale) et actuellement pour le film «Un président au maquis». Il a encadré les finalistes de Faso ACADEMY, mais aussi Awa Boussim. Et il a produit et fait la direction artistique du nouvel album de Zanke. Il a presté en live et a été l’invité d’honneur à l’émission «Afrique Étoiles» à Abidjan en octobre dernier Sans oublier ses multiples activités du Djongo Club au Paradis des meilleurs vins grâce à la programmation de musiciens non vedettes et la promotion des musiques traditionnelles du Burkina à travers la programmation régulière de troupes de la province.

La crise  au sein du BBDA a clôturé l’année rocambolesque que le milieu culturel a vécu. Ouvrant du même coup une profonde réflexion sur les prochaines refondations de cette institution.  Avec la naissance des associations CORA/BF et UNAME tout porte à croire que les artistes et l’ensemble des acteurs culturels veilleront au grain dès l’année prochaine. Beaucoup de chamboulement sont en perspective. Le monde de la mode a été inexistant à cause des problèmes internes qui gangrènent le fonctionnement. Manque d’une véritable structure associative. Incompatibilité d’humeur entre les agences de mannequinat, les stylistes et les mannequins. Absence quasi-totale des défilés de mode d’envergure national et international.

Nous déplorons également la disparition de certaines de nos célébrités telles que Victor Démé (le 21 septembre), Karasko du groupe AS DJ (le 9 octobre à Ferkessedougou). Des journalistes qui ont également gravité dans la culture comme Bakary Ouattara et Osiris Sawadogo (le 8 novembre) nous ont quitté.

Jabbar !

 


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